L’ère des réseaux sociaux gratuits est-elle finie ?

Netropolitan est un réseau social réservé aux riches avec un droit d'entrée à 9 000 dollars. Il promet un espace sécurisé. Une idée folle ou faudra-t-il bientôt systématiquement payer pour protéger ses données personnelles ?

Facebook, Twitter, Google+, Instagram, LinkedIn, Viadeo, Reddit, Tumblr, Flickr, Pinterest, Vine : la liste des réseaux sociaux est vaste, et ne cesse de s’allonger. Classiques ou professionnels, consacrés au partage d’images, d’articles, de vidéos, ils sont difficiles à classer car leurs usages se diversifient et se confondent. « Certains sites de partage de vidéos, comme YouTube ou Dailymotion, ou encore certaines plateformes de e-commerce, ont intégré une dimension réseau social. C’est un univers aux évolutions très rapides : difficile d’en dresser une typologie », observe Pierre Guimard, directeur associé de Keley Consulting. Un univers dans lequel deux petits nouveaux font parler d’eux : Netropolitan, un country club virtuel pour les internautes les plus riches avec une inscription payante à 9 000 dollars, et Ello, le réseau social sans publicité étiqueté anti-Facebook, un freemium promettant, comme le premier, la protection des données personnelles.

Plusieurs business models

Ces deux nouveaux entrants sur le marché misent sur la défense de la vie privée et donc sur la confiance – le ciment du réseau social – pour percer. En ligne de mire : Facebook, critiqué sur la monétisation des données personnelles (en principe, anonymes) de ses utilisateurs. Ce sont pourtant ces millions de données collectées qui font la valeur du plus grand réseau social au monde (1,32 milliard d’utilisateurs, 5,78 milliards d’euros de chiffre d’affaires).

Trois modèles économiques dominent ainsi le monde des réseaux sociaux :

– modèle publicitaire et gratuité. L’inscriptiongratuite permet d’attirer un grand nombre d’utilisateurs fournissant des données précises (âge, centres d’intérêt…) à forte valeur ajoutée pour les annonceurs souhaitant cibler précisément leur publicité.

Exemple : Facebook, second du marché mondial de la publicité après Google en 2013, avec 7 milliards de dollars (5,5 milliards d’euros) de recettes publicitaires.

– modèle avec droit d’entrée payant. Il offre unsentiment d’exclusivité et de protection… Cependant, en demandant une contribution financière aux nouveaux arrivants, ce type de site risque de ne jamais atteindre la taille critique pour séduire les internautes, et éventuellement les annonceurs.

Exemple : Netropolitan, justement, « le country club en ligne pour les personnes ayant plus d’argent que de temps ».

– modèle freemium. L’inscription est gratuite, ce qui favorise la constitution d’une large communauté, mais l’utilisation de fonctionnalités étendues est soumise à paiement.

Exemple : LinkedIn, qui compte 300 millions d’utilisateurs et 1,1 milliard d’euros de chiffre d’affaires.

Le plus rentable des 3 modèles ?« La publicité est en général un des moyens les plus simples pour atteindre un certain niveau de rentabilité, mais devient souvent rapidement intrusive » commente Vincent Lumaret, responsable digital et directeur associé d’Agence Indigo et fondateur de Lateamdigitale.com. Or, selon cet expert en communication digitale et réseaux sociaux, « l’une des sources de préoccupation les plus importantes des internautes tous domaines confondus est la protection des données personnelles ».

Dernières tendances

Que promettent au juste Netropolitan et Ello, les deux derniers réseaux qui font le buzz ?

– Netropolitan propose, moyennant 9 000 dollars de souscription puis 3 000 dollars par an, un réseau social privé et sécurisé, en vue de constituer une communauté d’individus partageant « les mêmes habitudes de vie, passions et intérêts ». Son engagement : afin de préserver l’anonymat, le service est inaccessible via les recherches Internet, toutes les transmissions sont cryptées et aucune des données personnelles n’est  revendue à un tiers. Enfin, Netropolitan se veut multi-usages : aussi bien personnel que professionnel.

– Ello, encore en version bêta et accessible uniquement sur invitation, se veut « beau et épuré », sans aucune publicité. Il a été créé par un petit groupe d’artistes et de designers, très engagés sur la protection des données personnelles et profondément anti-publicité. Sur la plupart des réseaux sociaux, « derrière l’illusion d’un service ‘gratuit’, les utilisateurs paient en réalité un prix élevé en publicité intrusive et en perte de confidentialité », dénonce Ello. Sa rémunération ? Le site est entièrement gratuit, mais celui-ci proposera des fonctionnalités élargies moyennant une « faible contribution financière ». Un modèle freemium, en somme.

Les réseaux de demain

Très tournés vers les préoccupations actuelles des internautes, ces deux sites payants – totalement ou en partie – représentent-ils l’avenir des réseaux sociaux ? On peut en douter, car Facebook, qui affiche une prospérité insolente, semble avoir encore de belles années devant lui. Consciente de la manne financière sur laquelle elle est assise, la société de Mark Zuckerberg a écouté ses utilisateurs, « nettoyé » les publicités choquantes et travaille à la simplification de ses paramètres de confidentialité, réputés obscurs. Selon le directeur associé de Keley Consulting, qui croit peu en un réseau social payant pur à la Netropolitan, « les modèles publicitaire et freemium vont continuer à se développer ». Probablement,en parallèle d’autres business models innovants, tels que l’affiliation à un e-commerçant (à l’instar de Goodreads et d’Amazon) ou sous forme micro, autour d’une marque ou d’une entreprise.

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