La place des femmes dans les nouvelles technologies

Elles se bougent et le monde numérique le leur rend bien. Les femmes, qui se heurtent encore dans de nombreux domaines à un séculaire plafond de verre, pourraient avoir leur carte à jouer dans le secteur des nouvelles technologies qui s’avère bien plus paritaire que l’on croit.

Alors que l’on se bat encore pour l’égalité hommes-femmes, tant sur le plan des salaires que sur celui des responsabilités et de la considération, une étude de l’Association de l’économie numérique (ACSEL), publiée en 2014, tend à prouver que le monde des nouvelles technologies et du numérique pourrait bien être celui par lequel la parité arrivera. Relayée par l’Usine digitale, ce baromètre réalisé par Hay Group révèle ainsi que la proportion de femmes cadres dirigeantes est deux fois plus élevée dans le numérique que dans les secteurs classiques. Côté salaires, on observe également que l’écart moyen entre hommes est femmes y est plus faible qu’ailleurs. Sur le marché numérique, les hommes sont ainsi payés en moyenne 3,7 per cent de plus que les femmes, alors que sur le marché général, cela grimpe à 6,3 per cent.

Bâtir le monde numérique de demain

Il faut dire qu’en France, les femmes montent au créneau. S’il y a encore quelques années, les médias titraient sur « Numérique… où sont les femmes? », force est de constater qu’elles sont aujourd’hui plus visibles que jamais. La secrétaire d’État au numérique, tout d’abord, est une femme, et la French Tech, véritable étendard français de l’innovation numérique et de l’écosystème start-up est représenté par la pétillante Clara Deletraz. Mais deux exemples ne pèsent pas bien lourd dans la balance de l’omniprésence masculine. C’est pourquoi, depuis une dizaine d’années, de nombreux collectifs et associations de femmes ont vu le jour : Elles Bougent, Les expertes numériques, Cyber Elles, Girlpower 3.0, Girlz in Web, Girls in Tech Paris, Duchess France… on ne compte plus le nombre de réseaux de femmes qui travaillent à bâtir le monde numérique de demain. Un monde résolument plus paritaire.

Regrettant le manque de visibilité des femmes dans les médias et les conférences sur le numérique, Girlz In Web a créé en 2014 Les Expertes du numérique, un projet qui vise à répertorier les expertes en nouvelles technologies et à livrer clé en main aux médias et organisateurs d’événements, un listing d’intervenantes qualifiées. En France, la femme entrepreneur qui a ouvert la voie est probablement Catherine Barba. Entrepreneuse en série, cette parisienne d’origine espagnole a notamment créé la Journée de la femme digitale pour célébrer les femmes qui innovent et qui entreprennent dans le secteur.

Inégalités internationales

Ce secteur semble s’ouvrir bien plus aux femmes en France que dans d’autres pays européens. Roxanne Varza, responsable des relations avec les start-up françaises chez Microsoft, a créé en France le collectif Girls in Tech, (qui existait déjà aux États-Unis) et raconte dans une interview sur le site Womenology les différences de perception entre le Royaume-Uni, où elle a créé Girls in Tech London et la France. « En Angleterre, les femmes avaient plutôt tendance à dire : ‘Nous n’avons pas besoin de ce genre de réseaux.’ Les hommes également étaient méfiants et nous disaient que ce n’était pas nécessaire, alors que dans ce pays, les chiffres relatifs au nombre de femmes dans le milieu du numérique sont plus faibles. Nous cherchions simplement à rendre les femmes plus visibles. En France, tout s’est très bien passé dès le départ. L’écosystème y est peut-être un peu plus jeune, par conséquent, les individus ont peut-être davantage envie de s’entraider. »

Un constat que partage Belinda Parma, fondatrice de Lady Geek, qui milite pour la féminisation des professions du secteur : « Au Royaume-Uni, il y a beaucoup de figures de proue, comme Martha Lane Fox de Digital Champion, Joanne Shields de Facebook et la co-fondatrice de Decoded Kathryn Parsons, mais il n’y en n’a pas suffisamment et c’est le problème – nous voulons que le prochain Mark Zuckerberg soit une femme », a-t-elle déclaré au site The Drum.

L’inspiration, premier outil d’évangélisation

Et pour faire bouger les choses et éveiller des vocations, en 2012, elle a lancé la campagne de communication, Little Miss Geek pour faire évoluer les mentalités. Elle explique dans une interview donné à RedOnline que cette campagne, et le livre qui l’accompagne, « ont pour but d’inspirer les femmes à devenir des pionnières des nouvelles technologies. Actuellement, seule une personne sur cinq travaillant dans le domaine est une femme et ce nombre diminue chaque année. Je veux que les jeunes femmes ne se contentent pas de rêver de s’offrir un smartphone ou une tablette, je veux qu’elles en soient à l’origine et qu’elles aident à les construire. »

Et pour que ces évolutions aient plus d’impact, il a fallu également les rendre plus visible, et les récompenser. C’est ainsi que Femmes du numérique, la commission de Syntec numérique et l’Epita, une école d’ingénieurs, ont créé en 2014 le Trophée Excellencia dont l’objectif principal est de promouvoir le secteur du numérique auprès des jeunes femmes et de balayer une bonne fois pour toutes les stéréotypes en démontrant que les métiers du secteur sont tout aussi attrayants et accessibles que d’autres. Véritable vecteur d’innovation et d’emplois à forte valeur ajoutée (il devrait en créer plus de 36 000 à l’horizon 2018), le secteur du numérique est un terrain de jeu moteur de l’économie sur lequel les femmes ont autant de chances de réussir que les hommes. À condition de savoir saisir la balle au bond.

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