Grenoble – Silicon Valley à la française

En mars 2014, Grenoble a été sacrée 2e ville la plus innovante d’Europe après Barcelone par la Commission européenne. Selon le magazine Forbes, c’est même la 5e ville la plus innovante au monde derrière Eindhoven, San Diego, San Francisco et Malmö. Pourquoi une telle concentration des entreprises technologiques dans cette cité au pied des Alpes ?

Avec un peu moins de 700.000 habitants, Grenoble est la plus grande métropole alpine et la 2e aire urbaine de la région Rhône-Alpes avec Lyon (2,1 millions d’habitants). Mais contrairement à cette dernière, la «capitale des Alpes» possède une économie très spécialisée, reposant essentiellement sur les fonctions de conception-recherche, qui représentent plus de 21.000 emplois. Cette orientation est le fruit de l’histoire (implantation de grands groupes), mais aussi de politiques économiques volontaristes. Grenoble est au 1er rang des régions françaises pour l’emploi dans les secteurs techniquement innovants, selon l’Insee.

Un environnement favorable

«Grenoble rassemble tous les éléments propices au développement des entreprises technologiques : la présence de grands centres de recherche, d’universités, d’écoles supérieures et de grands groupes industriels» observeGhislain Khaiser, P-DG de Docea Power. Après 10 ans passés auprès de l’un d’eux, STMicroelectronics, il s’est associé à son frère en 2005 pour monter sa start-up de services et solutions logicielles de mesure du comportement énergique et thermique des circuits électroniques. À Grenoble, il a bénéficié de l’accompagnement de structures adaptées à la création puis au développement de son entreprise, telles que l’incubateur d’entreprises innovantes GRAIN (2e en France) puis le pôle de compétitivité Minalogic. Aujourd’hui, sa société emploie 30 salariés dont 25 à Grenoble. Elle possède plusieurs filiales en Asie et aux Etats-Unis, dont une à San Jose dans la Silicon Valley. «Nous partageons un laboratoire avec le CEA-LETI, un partenariat important puisque ce sont la recherche et l’innovation qui font notre force et nous permettent de collaborer avec les grands groupes d’électronique» indique le président de Docea Power.

Un centre de recherche européen

Grenoble est réputée pour son excellence scientifique à plusieurs titres. La capitale de l’Isère est une capitale universitaire prisée, avec 61.130 étudiants, 4 universités et 9 grandes écoles, ainsi qu’un «campus de l’innovation» baptisé GIANT. Fait notable : les étudiants étrangers composent 10,6 % des effectifs, l’une des proportions les plus fortes de France.

Grenoble est le 1er pôle de recherche publique après Paris-Ile-de-France, avec 13 centres de recherche à dimensions nationale et internationale (CEA, CNRS, INRIA, ESRF, ILL…). La métropole abrite en outre des milliers d’emplois dans la recherche privée (Schneider Electric, Alstom Hydro, STMicroelectronics…). Dans ce climat propice, 200 start-ups issues de la recherche se sont créées en 10 ans.

Des dispositifs adaptés pour les entreprises

L’aire urbaine abrite 3 pôles d’excellence autour desquels se développent des pôles de compétitivité, outils  économiques mis en place en 2005 pour favoriser les projets collaboratifs entre les PME, les laboratoires de recherche et les établissements de formation.

  • Technologies de l’information et de la communication (TIC) :

Minalogic est un pôle de compétitivité mondial sur les solutions miniaturisées intelligentes pour l’industrie, de 236 membres dont 82 % de PME. Son budget global depuis 2005 s’élève 1,96 milliard d’euros dans 280 projets labellisés (dont 754 millions d’euros de financements publics).

Parmi ces projets, Lokeos, une solution de localisation centimétrique conçue par la start-up BeSpoon (25 salariés). «Notre société a été fondée il y a 5 ans sur la valorisation d’une recherche du CEA, avec lequel nous avons signé un accord de laboratoire commun. Ensuite, grâce à Minalogic, nous avons trouvé des financements, des partenaires et des clients, ce dans un rayon de 30 kilomètres» témoigne Jean-Marie André, le P-DG de BeSpoon. Pour le président de Docea Power, également membre du cluster, «le pôle de compétitivité est le terreau idéal pour promouvoir nos projets de R&D et les concrétiser. De plus en plus, c’est un tremplin de promotion des entreprises grenobloises à l’international».

  • Les biotechnologies

NanoBio est un centre régional d’innovation dans le domaine des micro et nanotechnologies appliquées à la biologie et à la santé. Il totalise 23,5 million d’euros pour la 1ère tranche d’investissement, et 16,6 millions d’euros pour la 2e en équipements et en bâtiments, financement assuré par l’Etat et les collectivités locales. Sur cette spécialité, Grenoble est aussi impliquée dans le pôle mondial Lyonbiopôle.

  • Nouvelles technologies de l’énergie

Le pôle de compétitivité national Tenerrdis sur les nouvelles énergies compte 178 membres dont 58 % de PME et un budget de 1,6 milliard d’euros dans 236 projets labellisés.

Une constellation de sociétés

La région grenobloise possède depuis plusieurs décennies un secteur secondaire très développé, avec un réseau dense de PME/PMI (sous-traitance sur les marché de la haute technologie), et la présence de grands groupes, notamment d’électronique, qui représentent 10% de l’emploi privé. «Il existe à Grenoble un véritable tissu d’entreprises innovantes. C’est une ville qui augure de l’avenir de la haute technologie, car elle a accompli sa mutation avec succès. Nous avons gardé quelques champions locaux, et il s’est créé un écosystème de sociétés, qui ont évolué pour devenir de grosses PME» décrit Jean-Marie André, le P-DG de BeSpoon. Une nébuleuse de clients et partenaires potentiels qui fait de la capitale des Alpes une terre entrepreneuriale très dynamique pour la tech.

Image: Grenoble – © Cesar Lucas Abreu – RA Tourisme

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